Montréal/Québec

La découverte, la solitude et le plaisir de voyager avec le courant

mardi le 25 février 2020

De toutes les expéditions kayak que j'ai faites (en date du 3 novembre 1996) c'est celle-ci qui a été la plus enrichissante. Je crois qu'une bonne préparation, une météo adonnante et une certaine détermination en sont responsable.

Comme je disposais d'un GPS portatif, le Garmin-38, j'ai décidé d'entrer ma route en détail dans celui-ci. Je pourrais savoir exactement ou j'en suis a tout moment et aussi ainsi faire un suivi journalier avec mon "camp de base" (ma blonde). En cas de pépin majeur, la Garde Cotière aurais des informations assez précises pour me retrouver.

J'ai pensé aussi d'apporter un cerf-volant (style luge environ 2m de haut par 3m de large) en cas de vents favorables qui pourrais me tirer. Quelques barres granola, de l'eau potable, du Coke, des oranges, des carrés au Rice Krispies, un pain, du beurre de pinotte, mon stock de camping et j'étais prêt pour le départ. Le tout a demandé plusieurs jours de préparation et je trouvais le kayak très lourd. Je n'étais mème pas sur qu'il flotterais avec un pareil chargement. J'étais très heureux que la journée de départ soit enfin arrivée, ici me voici quelques minutes avant le départ.

Après avoir passé une belle soirée avec ma blonde, je quitais l'Ile Charron (près du tunnel Louis-H Lafontaine) jeudi le 27 juin 1996 à 07:20 sans trop savoir à quoi m'attendre.

La bonne nouvelle a été que le kayak semblais bien flotter malgré son chargement. Je me rappelle encore du premier moment de jouissance à peine 5 minutes après mon départ. Je pagayais doucement à coté de tous ces automobilistes à la queue-leu-leu sur la 132 pris dans le traffic du matin. J'était bien heureux d'être sur le fleuve avec personne en avant pour me ralentir ou me stresser.

La vitesse d'environ 8 Kmh m'encourage et je me rends compte que si tout va bien et que mon corps continue à bien fonctionner, je peux peut être espérer me rendre à Québec. Je décide de faire mon premier arrêt sur l'Ile St-Ours. Ceci s'avère être un bien mauvais choix car celle-ci est très occupée par les goélands comme vous pouvez l'entendre (.wav 451K) sur cet extrait de mon enregistrement.

Mon deuxième arret est au quai de Ste-Anne de Sorel (.wav 236K). Après m'être reposé un peu, je décide d'essayer (.wav 358K) le cerf-volant, mais sans succès (.wav 390K) , il ne vente pas assez. Je dois donc me rendre à l'entrée du Lac St-Pierre à quelques 10Km de la à la rame.

Je passe la nuit sur la Pointe aux Illets, loin de toute civilisation, j'ai même de la difficulté à me trouver un petit coin pour monter ma tente tellement il y a de végétation. J'arrive à contacter un amateur à l'aide de ma radio amateur et lui demande téléphoner à la maison pour confirmer ma position courante. Je profite de l'occasion pour le remercier de sa collaboration précieuse.

Le lendemain j'attaque le Lac St-Pierre. Un vent local d'environ 15-20km me fait face et rend le premier 30 minutes très difficile. Une fois le chenal maritime atteint tout va beaucoup mieux. J'arrive à la marina de Nicolet à 12:16 ou je prends un bon lunch pour ensuite continuer jusqu'à l'embouchure de la rivière Champlain, par une très belle journée ensoleilée.

Levé à 03:30 du matin, je plie mon campement et embarque sur l'eau à 04:31. Assez spécial comme sensation, j'assiste au lever (.wav 576K) du soleil alors que j'ai le village de Batiscan à ma gauche. Je veux essayer d'atteindre Les Fonds, laisser passer la marée, puis tenter de me rendre à Québec en soirée. Un plan assez optimiste qui passe proche de causer l'abandon de l'expédition.

Vis-à-vis Deschaillons je commence a sentir la marée montante qui me ralenti un peu. Je colle la cote et arrive à limiter les dégats. Puis ce sont les rapides Richelieu, le paradis, sans donner un coup de rame je fait 6,5 Kmh.

Rendu à environ 1 km de Les Fonds, toujours dans un courant très favorable, mon corps commence à me donner des problèmes. Après une petite pause de une minute ou deux à me laisser dériver je me sens comme affaibli. Lorsque je me remets à ramer, de légers tremblements apparaissent, je décide alors de me rendre à Les Fonds pour prendre un pause. Une fois arrivé, je constate qu'il n'est pas question d'arrêter ici, la mer est basse et il n'y a pas de rampe d'accès, aucun quai flottant. Je suis bien content d'avoir entrer d'autres points que ceux de ma route prévue car maintenant c'est Neuville qui semble la place destinée pour ma pause. J'ai entré "Marina Neuville" comme description, il devrait donc y avoir un quai flottant ou je pourrais m'acoster et débarquer. Encore une fois, le GPS est d'une très grande utilité pour effectuer cette petite traversée, le courant descendant est assez fort, mon kayak étant toujours pointé complètement à l'ouest de Neuville. J'arrive quand même directement à l'entrée de la marina. Je met presque une demi-heure a amarré le kayak et à sortir mes affaires, mon cerveau ne semble pas fonctionner a sa pleine capacité.

Après avoir mangé, ma situation semble s'améliorer ma je ne suis pas encore sur de ce que je vais faire. En gros je vois deux possibilités:

A mon avis c'est mon alimentation qui a été très déficiente. Je n'avais pas vraiment faim, donc je n'ai presque pas mangé. A l'avenir je vais m'assurer de considérer cet aspect avec plus de sérieux.

Je discute avec les gens du Club Nautique Vauquelin Inc. (la marina de Neuville) pour bien comprendre l'heure de la marée haute et les courants anticipés. L'atmosphère détendue et leur sens de l'humour à couper le souffle me remonte le moral, je décide de tenter de me rendre à Québec.

La début de ma dernière brèche ne débute pas trop bien, j'ai encore un courant de face de près de 1 kneud, rien pour m'aider a arriver à temps. Une heure après mon départ le courant n'adonne toujours pas, j'aurais du suivre les conseils qu'on m'avais donner plus scrupuleusement et rester très près de la cote. Finalement ca se replace, faut dire que le pont de Québec toujours en avant de moi m'encourage à atteindre ma destination. A cause de la noirceur qui s'installe et du volume assez élevé de traffic en dessous des ponts je dois rester près de la cote et profite moins que prévu des courants qui sont très forts. En plus une petite erreur de position dans me GPS m'amène vers un point imaginaire un peu au nord du boulevard Champlain à environ 1/2 km du Yacht Club de Québec. Finalement je m'apercois de l'erreur et fait cap sur le Yacht Club à l'oeil, je n'ai qu'a longer la cote et j'y arrive. Samedi le 29 juin 1996 à 21:49 je met le pied sur la rampe de mise à l'eau du Yacht Club de Québec. Merci beaucoup à ma blonde Josée qui est venu me chercher à Québec (avec sa part d'ennuis) et qui m'a "suivi" de la maison tout au long de mon expédition.

Un peu comme un enfant qui découvre une nouvelle bebelle, cette randonnée fut très enrichissante et très plaisante, j'ai été surpris de pouvoir faire une si grande distance en si peu de temps. Une autre expérience inoubliable.

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